• Pensée traditionnelle, monde visible et monde invisible...

    Je m'attendais à être contesté (gentiment ou non), pour avoir mentionné dans mon dernier billet (en la justifiant) la pensée traditionnelle. Comme trois personnes m'ont manifesté leur approbation (et l'une me prie par un courriel personnel de continuer la publication de mes billets d'humeur), je me risque donc à expliciter ce que j'entends par là.

    Début janvier, je reviendrai sur la proposition de Bruno Frémont, que j'approuve et souhaite voir aboutir.

    J'ai pris conscience de la pensée traditionnelle en juillet 1958, aux Journées d'étude de la non-violence à la Communauté de l'Arche, alors sise à St Pierre de Sénos, près de Bollène. Nous étions là une petite centaine de personnes qui écoutions l'enseignement de Lanza del Vasto.

    Le Lanza parlait lentement. Il dit : Regardez un jet d'eau ! Il y a beaucoup de philosophie dans un simple jet d'eau. Car c'est toujours le même jet, et ce n'est jamais la même eau. Ces paroles provoquèrent un éblouissement en moi, comme si, étant dans une pièce sombre, un grand rideau venait d'être brusquement arraché devant mes yeux, laissant passer brutalement la lumière éclatante du soleil. Il faut dire qu'alors, pensionnaire de l'école normale d'instituteurs d'Avignon, tout frais titulaire du baccalauréat de sciences expérimentales, mon mental était pétri de l'approche scientifique rationaliste et matérialiste, ne connaissant que physico-chimie et rejetant toute autre approche du réel comme vestige d'un passé obscurantiste.

    Eh bien, subitement, l'évidence me frappait : comme l'eau du jet d'eau, la matière circule au sein de la forme de vie qui l'anime ! Cette forme n'est pas réductible à la physico-chimie, elle dépend donc d'un autre ordre de réalité que la science dominante ignore et rejette (par parti-pris idéologique).

    Depuis, je navigue entre ces deux approches, celle de la pensée moderne (et impérialiste), et celle de la pensée traditionnelle. Je ne les distingue pas par les termes matérialiste et spiritualiste, cette approche est lourde de malentendus et d'inexactitudes (René Descartes, à la suite de l'église catholique, n'a rien arrangé). Je préfère la terminologie de Jean Servier, ethnologue et universitaire : d'une part est le monde visible, celui que perçoivent nos sens (et lui seul est l'objet de la méthode expérimentale, fondement de la science dominante). D'autre part est le monde invisible, présent dans tous les mythes de l'humanité et encore vivant dans quelques groupes humains), perçu et exprimé bien sûr de milliers de façons différentes. C'est aussi le monde des mystiques, des alchimistes, des chamanes, qui en font l'expérience intérieure. Et il me plaît de voir des hommes de science, neuro-scientifiques, étudier par exemple le fonctionnement du cerveau durant une transe chamanique. (Aspect subsidiaire : la conscience est-elle la sécrétion du cerveau, ou le cerveau est-il l'outil que s'est donné la conscience ? Je suis redevable de ce questionnement à Pierre Etevenon, qui fut membre du Club du vin authentique dans les années 90). Il me plaît encore de voir un docteur ès sciences  abandonner la recherche fondamentale pour se consacrer à donner une lecture actualisée de la pensée traditionnelle occidentale.

    Je ne renie nullement la méthode expérimentale en ce qu'elle a de fécond et je reconnais les immenses progrès matériels qu'elle a permis mais en même temps je vois clairement les désastres écologiques  qu'elle a provoqués, ainsi : l'aberration de l'agriculture intensive. Sans parler des autres désastres... La volonté de pouvoir et la cupidité ne sont pas les seuls moteurs de la course au chaos, mais aussi la rigidité d'une méthode de pensée qui nourrit l'agro-industrie, le monde de la médecine, etc...

    Je ne parle pratiquement jamais de cela, et mes billets dionysiaques sont consensuels. L'autre jour, j'évoquais devant un de nos amis, chercheur en physique nucléaire, notre recours à l'homéopathie. Ah ! Vous croyez encore à çà, lâcha-t-il. Je n'ai pas relevé, pour rien au monde je ne voudrais gâter la vieille amitié que m'accorde un homme généreux. Et pourtant, la validité de l'homéopathie est prouvée depuis plus de quinze ans par une approche rigoureusement expérimentale (je puis donner mes références) mais j'entends encore des mandarins la traiter avec le dernier mépris (sur France-culture). On ne voit pas ce que l'on ne veut pas voir...

    Certes, le changement de mentalité est en cours, la transformation des consciences s'accélère. Assez vite ? La question est de savoir si nous pourrons faire l'économie d'un chaos. Je ne le crois pas... Et puis, un chaos, c'est le stade physiologique entre chenille et papillon... Bref, pour garder le moral, mangeons de bons aliments et buvons de bons vins !

    TRINK !

    P.S : ceci n'est qu'une approche, je vous remercie par avance de m'aider à préciser, approfondir... l'année prochaine ?

    Pierre Paillard

     


  • Commentaires

    1
    RENOUF
    Lundi 19 Décembre 2016 à 19:04

    Pierre,

    D'abord, merci pour toutes ces chroniques. C'est la première fois que j'ose un commentaire, mais sache que je lis avec beaucoup de plaisir toutes ces expressions de tes pensées.

    Pourquoi cette réaction aujourd'hui ? Ma foi, un propos avec une considération d'un monde visible et d'un autre invisible me contente pleinement. Pour ma part, je considère que l'homme serait bien ignorant s'il n'admettait pas qu'il existera toujours pour lui beaucoup d'inconnaissable. Et donc, quoi de surprenant à un monde invisible ? N'est-ce pas pure prétention humaine que de le nier ?

    Surtout Pierre, ne change pas, et continue à nous produire le fruit de tes réflexions ; sinon le monde ne serait plus ce qu'il doit être.

    Amicalement.

    Claude.

     

     

     

      • Lundi 19 Décembre 2016 à 20:20

        Je te trouve un peu flatteur, mon cher Claude !

    2
    Mardi 20 Décembre 2016 à 10:50

    Encore un texte intéressant !

    Et l'histoire du jet d'eau me fait penser à cette phrase d'Héraclite :

    «On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau d'un fleuve.»

    - Fragments originaux - Ve s. av. J.-C.

     

    Caroline.

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